Publié le 15 juillet 2019
Formation
© M2 PCGE/UPSaclay

Alors que la chimie est à l’honneur cette année, retour sur les masters proposés au sein de l’Université Paris-Saclay : la variété de domaines et de champs d’expertises casse les idées reçues sur une discipline encore victime de préjugés de la part du grand public.

Le 4 octobre 2018, sous l’égide du ministère de l’Education nationale et du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, était lancée l’année de la chimie de l’école a l’université. À cette occasion, la France accueillera les 51e Olympiades internationales de Chimie du 21 au 30 juillet 2019 à Paris, mais aussi de nombreux événements liés à la familiarisation des jeunes avec cette discipline. Deux hashtags sont également mis en avant : #anneedelachimie et #gracealachimie.

La chimie : grande méconnue du public

Ce choix n’est pas anodin. La chimie suscite encore la méfiance, peut-être, en partie « parce que la culture chimique dans le grand public est assez inexistante. Persiste cette idée que ce n’est pas “naturel”, donc que c’est mal », estime Philippe Minard, responsable du master 2 Ingénierie et chimie des biomolécules et chercheur à l’Institut de biologie intégrative de la cellule (I2BC – CEA/CNRS/Université Paris- Sud). « Tous les enseignants en chimie se battent contre cette image, souligne Laurent Salmon, responsable du master 2 Pollutions chimiques et gestion environnementale (PCGE), et chercheur à l’Institut de chimie moléculaire et des matériaux d’Orsay (ICMMO – CNRS/Université Paris-Sud). Celle qui voudrait que “produits chimiques” équivaut à “produits toxiques”. » Delphine Joseph, responsable du master 2 Chimie pharmaceutique et chercheuse au laboratoire Biomolécules : conception, isolement, synthèse (BioCIS – CNRS/Université Paris-Sud), confirme : « la chimie est souvent décriée car associée aux termes de pollution et de toxicité. Or c’est oublier qu’elle fait partie intégrante de notre quotidien et de notre bien-être. La conception de lentilles de contact ou encore le développement de nouveaux médicaments, c’est grâce à la chimie ! ».

La chimie dans tous ses états

Si du travail de médiation reste à faire au sein du grand public, Philippe Minard note qu’auprès des étudiants de master, « le problème ne se pose quasiment plus. Ces questions ont déjà été démêlées au cours de la licence. » De fait, à l’Université Paris-Saclay, les étudiants constatent vite la variété des champs dans lesquels se déploie la chimie. Dans le master 2 Chimie inorganique : molécules, surfaces et nano-objets, sont étudiés « des matériaux à base moléculaire et des nano-objets, via, notamment, leurs propriétés physiques et chimiques », indique son responsable Talal Mallah, également chercheur à l’ICMMO. Au sein du master 2 Chimie pharmaceutique, « il s’agit de former les étudiants aux stratégies de découverte et de conception des médicaments de synthèse ou d’origine naturelle. Une fois l’identification d’une cible biologique impliquée dans une pathologie, l’objectif est d’élaborer la molécule capable d’agir sur cette cible et de traiter la maladie », explique Delphine Joseph. Quant au master 2 Ingénierie et chimie des biomolécules – master à l’interface entre la chimie et la biologie –, « il vise à étudier les mécanismes moléculaires du vivant, précise Philippe Minard. Dans les cellules, on trouve en effet des macromolécules d’une sophistication impensable ! Il convient donc de non seulement savoir les produire, mais aussi de déterminer leur forme, leurs éventuelles modifications. Nos étudiants sont en fait amenés à devenir des sortes de “mécaniciens” des macromolécules du vivant. » Le master 2 PCGE a, lui, pour vocation de former des cadres capables de diagnostiquer et gérer des pollutions liées au sol, à l’eau, à l’air, ou encore d’œuvrer dans le secteur des déchets.

Préoccupations environnementales

Car oui, la chimie se préoccupe d’environnement. Pour Delphine Joseph, cela ne date pas d’hier : « cette dimension est prise en compte depuis de nombreuses années, estime-t-elle. De fait : en chimie, nous utilisons des dérivés issus de la matière fossile. Or celle-ci étant épuisable, la chimie cherche à transformer des ressources renouvelables, produites par la nature, afin de la substituer ». Dans son master 2, une unité d’enseignement (UE) est dédiée aux « Techniques et procédés émergents en chimie éco-compatible ». En suivant cette UE, les étudiants sont sensibilisés aux méthodes émergentes permettant de réduire l’impact de leur activité sur la nature : réduction de l’utilisation de solvants, apprentissage de méthodes nécessitant une moindre consommation d’énergie... « Nous avons des retours très positifs, souligne-t-elle. Les étudiants sont sensibilisés à des choses qu’ils n’avaient pas vues auparavant. » Quant au master 2 géré par Laurent Salmon, les préoccupations environnementales sont évidemment au cœur de l’enseignement... et de l’emploi qui en découle. « 90% des étudiants travaillent ensuite dans le secteur de l’environnement », souligne-t-il.

Des taux d’insertion éloquents

Car à la sortie des masters 2 de chimie, les étudiants ne se trouvent pas désemparés. Visant à former des cadres, le master 2 PCGE voit ses diplômes partir en entreprise. Ceux de 2018 sont tous en activité « sur les quatre mois qui suivent leur diplôme », se félicite Laurent Salmon. Sur dix ans, 90% des étudiants ont trouvé un emploi dans l’année suivant leur sortie. De son côté, Delphine Joseph voit une majorité de ses diplômés s’orienter en recherche. « Mais parmi nos étudiants de master également diplômés de pharmacie, certains se tournent vers l’industrie et trouvent facilement du travail ». Philippe Minard constate aussi une « une forte attirance pour la recherche, peut-être stimulée par le cadre académique exceptionnellement riche. Les deux tiers des étudiants souhaitent pouvoir faire une thèse et passent avec succès les concours des écoles doctorales qui le permettent ». Quant au tiers restant, la couleur chimie/biologie du master leur permet de s’orienter vers une double compétence, par exemple vers la propriété industrielle. Les étudiants de Talal Mallah, eux aussi, optent majoritairement pour la recherche. La dimension « nano » séduit d’ailleurs certaines start-up qui recrutent au sortir de la thèse. Changer l’image de la chimie ? « C’est aussi aux chimistes de s’en préoccuper, de montrer que leur discipline est bien autre chose que ce que les gens peuvent croire », estime Laurent Salmon. A l’Université Paris-Saclay, cette dynamique est déjà en marche.

https://www.universite-paris-saclay.fr/fr/formation/master/chimie#mention

 

La version originale de cet article a été publiée dans l'Edition #10.